Les manifestations dans l’espace publique lausannois au XXe siècle

Contexte général : les manifestations et les grèves dans l’espace publique

Définitions :

Pour comprendre ce dont il est question dans la ligne chronologique ainsi que dans la réflexion contextuelle plus générale, il est nécessaire de s'arrêter sur les définitions des notions de « manifestation » et de « grève ». Les deux termes désignent des réalités proches mais qui se distinguent dans certains détails qu'il est nécessaire de souligner.

Manifestation

Avant toute chose, soulignons la polysémie du terme lorsqu’il désigne un rassemblement de personnes. En effet, la notion de « manifestation » peut toucher une multitude de réalités sociales et culturelles différentes. Dans les archives de la ville de Lausanne [1][Lausanne, Archives de la ville, Bordereau de versement série C : archives administratives. Corps de police. Cotes de gestion : 976/7118-1128/7270, Carton 1 : 1083/7225], ce terme désigne trois types de rassemblements : les manifestations culturelles, les manifestations sportives et les manifestation sociales ou politiques. Nous nous intéressons ici aux manifestations sociales et politiques.

La manifestation sociale ou politique n’est pas définie par les sujets de revendications qui l’animent. Une manifestation est avant tout une mobilisation collective dans l’espace publique avec pour objectif d’exprimer des opinions partagées dans la volonté d’un changement politique, social ou culturel, quelles que soient les volontés qui l’animent. On peut ainsi établir quelques éléments qui définissent une manifestation en tant que telle, dans le contexte des démocraties occidentales modernes :

  • Rassemblement et souvent déplacement de population dans l’espace publique urbain.
  • Démonstration d’une opinion partagée par les manifestants, qui se cristallise la plupart du temps par des slogans écrits ou scandés. Elles sont parfois l’occasion de discussions et d’échanges donnant lieu à une standardisation des opinions au sein de la population présente.
  • Elle est un moyen d'expression différent de ceux offerts traditionnellement par le système politique. Il s'agit d'une action non-conventionnelles pour promouvoir les demandes de la population.
  • Elle s’inscrit dans une relation au temps politique qui relève de l’immédiateté et de l’urgence.
  • A la différence des partis politiques, les manifestations ne représentent que des intérêts sectoriels et ne cherchent à favoriser que leurs membres formels.
  • La manifestation suppose la prévision, la programmation et l’existence d’appels à manifester.
  • Elle suppose ainsi également l’existence d’organisateurs, ou du moins d’un noyau dur organisationnel.
  • Cette forme d’expression populaire n’est possible que dans des états ou la liberté d’expression est tolérée, c’est pourquoi nous parlons ici uniquement de manifestations dans les démocraties occidentales modernes. D’un point de vue historique en Europe, nous nous référons ici à l’article de Danielle Taratakowsy y étant consacré :

    « Cette forme d'expression jouit d'une tolérance précoce en Grande-Bretagne et aux États-Unis où toute mobilisation de l'opinion publique est tenue pour un baromètre de la légitimité politique. Il en va de même en Belgique, en vertu de la constitution de 1830, et dans certains États allemands, s'agissant des « parades ». Tous ces États font figure de modèles (parfois idéalisés) pour les individus qui se heurtent alors à des interdits dans leurs pays.

    De 1886 à 1910, des manifestations s'organisent pour l'obtention du suffrage universel en Belgique, en Finlande, en Suède, en Saxe, à Hambourg, en Autriche puis en Prusse. Ces mobilisations politiques, parfois interdites au nom de l'ordre public, ne souffrent d'aucune illégitimité dès lors qu'elles précèdent son avènement. Elles disparaissent une fois ce suffrage instauré et, dès lors, ne lui font pas concurrence.

    La dépression qui frappe l'Europe et culmine en 1885-1886 amène les chômeurs à manifester en Finlande, en Belgique ou en Grande-Bretagne, où les pouvoirs publics interviennent sur un mode répressif inédit et concèdent désormais moins libéralement l'usage de l'espace public. En France, ils s'essaient sans succès à des « meetings » sur la place publique, empruntant ostensiblement au modèle anglais. À partir de 1890, le 1er mai constitue une autre occasion de manifestations transnationales, dans des formes qui diffèrent selon les États : puissante démonstration à Londres en 1890, cortèges ritualisés en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Italie ou en Belgique, « mises en demeure » auprès des pouvoirs publics en France. Avec les défilés de sociétés de toute espèce, baptêmes de drapeaux ou cortèges appendices de grèves, ils constituent l'occasion d'apprentissage du cortège ordonné pour les manifestants et les forces de l'ordre. (…)

    Après 1918, le rôle de ces manifestations se diversifie selon les pays. Dans les démocraties parlementaires de l'Europe du Nord et du Nord-Ouest, elles s'affirment durablement comme l'expression ritualisée de groupes constitués ou comme des appendices de grèves. Dans les régimes en crise (Italie d'après guerre et Allemagne de Weimar), elles basculent dans une violence à caractère insurrectionnel jusqu'à ce que la victoire du fascisme et du nazisme condamne à la disparition tout ce qui n'est pas parade officielle. À partir de 1989, la rue contribue à la chute des régimes socialistes d'Europe de l'Est, qui avaient, eux aussi, subsumé les appropriations de l'espace public sous l'espèce des parades. La manifestation renoue alors avec les fonctions qu'elle remplit ailleurs. »

    TARTAKOWSKY Danielle, « MANIFESTATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/manifestation/.
    Grève

    Nous allons nous intéresser désormais aux éléments qui rapprochent et distinguent les manifestations des grèves, autre mot-clef qui nous a permis de trouver certaines des vidéos de notre corpus.

  • Elles sont également le fait d’un rassemblement de population, mais ce rassemblement se distingue de la manifestation du fait qu’il est « négatif » : la grève est intrinsèquement une inaction volontaire, un arrêt de travail ou d’activité.
  • Cette cessation d’activité collective suppose également la prévision et la concertation de tous les individus impliqués.
  • Tout comme la manifestation, la grève a pour objectif fondamental de faire valoir des revendications. L’élément de communication tacite dans les manifestations comme dans les grèves tient au fait que lorsque les revendications seront satisfaites, les manifestations s’arrêteront et le travail reprendra.
  • Comme les manifestations, les grèves sont une dramatisation d’un dialogue. Or, ce qui semblent les distinguer des manifestations est le fait que dans le processus de grève, les grévistes exercent un certain pouvoir sur les institutions et individus qui ont une capacité de décision sur la cause pour laquelle ils se rassemblent. En effet, l’inaction qu’est la grève freine souvent la productivité d’un secteur ou d’une entreprise, stoppe les activités d’une usine ou arrête complètement les activités d’une secteur tout entier. Ce qui a pour effet une perte de productivité et de profit pour les couches supérieures de la hiérarchie des entreprises, des usines ou des secteurs. C’est ici que se trouve le levier de pouvoir des grèves.
  • On comprend donc que ce qui les différencie des manifestations tient également au fait que les grèves sont fondamentalement liées aux droits du travail lorsque les manifestations peuvent également concerner des sujets en lien avec les politiques sociales, culturelles, militaires, climatiques, etc.
  • La première grève dont nous sont parvenues des traces historiques remonte à la période du Nouvel Empire en Égypte antique (~ 1580 av. JC à ~ 1077 av. JC). Sous le régime de Ramsès III, les ouvriers travaillants sur le tombeau du pharaon se mettent à plusieurs reprises en grève pour protester contre l’irrégularité des salaires ainsi que contre les traitements indignes qu’ils subissent sur le chantier. Soulignons que c’est un anachronisme que de désigner ces mouvements sociaux comme des grèves, mot qui porte le sens qu’on lui donne ici depuis la France de l’époque moderne. Mais on retrouve dans ces premières traces historiques de mouvements sociaux contestataires en vue d’une amélioration des conditions des travailleurs la plupart des éléments qui définissent la grève encore aujourd’hui.

    Au cours de l’histoire, divers phénomènes de grève se mettent en place. Pour plus d’informations à ce propos, consulter l’article « GREVE » de l’encyclopédie universalis.

    Une observation empirique de notre corpus permet d'affirmer que les manifestations sont un espace plus prolifique en terme slogans que ne le sont les grèves.

    Les slogans dans les manifestations

    Réflexion générale sur la relation entre manifestations, slogans et médias

    « Une action collective non relayée par les médias évoque un arbre qui s’abat dans la pénombre d’une forêt inhabitée. »
    – Michael Lipsky, 1968

    On comprend donc que les manifestations et les grèves sont des moyens d’expression marginaux que les groupes sociaux qui ne parviennent pas à se faire entendre dans les canaux d’expression traditionnels de la politique utilisent pour faire passer leurs messages.

    Du fait que notre projet se concentre sur les rassemblements dans l’espace public à travers l’œil des médias, il nous faut encore intégrer dans notre réflexion le rôle des médias dans les manifestations et l’importance des slogans de ce point de vue. Notre réflexion se base en grande partie sur l’article de Dominique Wisler « Médias et action collective. La couverture de presse des manifestations publiques en Suisse » ainsi que sur l’ouvrage de José Barranco Au-delà des slogans. La manifestation politique en Suisse, de 1965 à 1994.

    Rappelons que la raison d’être d’une manifestation ou d’une grève est liée à une ou plusieurs revendications qu’un ou plusieurs groupe social veut faire entendre afin que se status quo change.

    On peut rapidement observer cette communication à travers le prisme de la linguistique. Selon le schéma de Jakobson, un message évolue toujours dans un contexte référentiel, nécessite un locuteur ainsi qu’un destinataire, un code de compréhension ainsi qu’un contact. Dans le cas des manifestations et des grèves, le locuteur est la masse d’individu rassemblée dans l’espace public tandis que le destinataire sont les personnes possédant un pouvoir décisionnel (élus municipaux, syndics, présidents, etc.). Les manifestations sont presque toujours des actes de réactions face à des événements ou injustices ponctuelles, le contexte référentiel est ainsi posé en amont des manifestations – souvent par les médias, d’ailleurs. Et c’est au niveau du code et du contact que la média nous intéressent pour notre analyse.

    En effet, il faut ajouter à cette réflexion l’élément spatial afin de bien comprendre de quoi il s’agit. Le lieu de la revendication est en effet l’espace publique, la rue. Le lieu qui accueille les individus qui ont l’influence décisionnelle dont les manifestants ont besoin pour faire passer ces revendications se trouvent dans des espaces privés, souvent difficiles d’accès. Comment atteindre ainsi ces lieux du pouvoir depuis la rue ? Par le biais de quel médium de contact atteindre le pouvoir et quel code utiliser pour faire passer les messages ?

    C’est donc là que réside l’importance des médias et des journalistes dans ce contexte. Comme l’écrit Wisler à la page 122 de son article, « En lui [au mouvement social] procurant une tribune devant le public élargi des lecteurs ou téléspectateurs, le journaliste confère pour ainsi dire une existence au mouvement social qui, jusque-là, n’était visible que dans l’exiguïté et le champ clos de la rue. » Nous comprenons alors que les médias sont des fenêtres de visibilité pour dépasser le cercle restreint de ceux qui manifestent. Les médias permettent ainsi deux choses : 1° Donner à voir la manifestation jusque dans les lieux du pouvoir ; 2° Montrer la manifestation à un ensemble plus large de la population. Ce deuxième point a son importance, du fait que la population représente l’opinion publique et que c’est cette opinion qui élit les preneurs de décisions dans les démocratie moderne.

    Les médias possèdent ainsi un pouvoir non négligeable dans le contexte des revendications sociales ; ils sont le medium de contact. Pour compléter cette analyse, on peut souligner ici que les médias sont des médiums de communication basés en grande partie sur le sens de la vue. Ainsi, pour qu’un message passe, il est nécessaire de se tourner vers une pratique communicationnelle courte, claire et visuelle. C’est ainsi que les slogans permettent de faire passer des messages à travers les écrans de télévision et les photos dans les journaux ; ils sont le code permettant de faire passer le message.

    Archives contextuelles

      CAC – Comité Action Cinéma

      Toutes les vidéos d'archives qui suivent ont été trouvé sur le site des archives audiovisuelles de la ville de Lausanne.

    • Film tract - Comité Action Cinéma – 1971 :
    • Film réalisé par les membres du Comité Action Cinéma en 1971. Ce film d'une quizaine de minutes expose les sujets de revendication du CAC et montre des images des manifestation du comité. Copie sur bétacam SP. Le film argentique original (16mm?) est conservé à la Cinémathèque suisse.

      Lôzane Bouge
    • Lôzane Bouge - Film militant - 1981 :
    • Film militant tourné lors des manifestations de Lôzane Bouge entre 1980 et 1981. D'après Michel Etter, ce film n'a pas été tourné par des membres actifs de Lôzane Bouge. Nous n'avons pas trouvé d'informations à propos des auteurs. Ce film de 45 minutes montre les manifestations de Lôzane Bouge, accompagné d'interventions ponctuelles d'une voix off qui expose les revendications du mouvement. Copie vidéo médiocre d'un film super8 mm pisté. L'original n'a malheureusement pas été trouvé, l'auteur du film est inconnu.

      Images noir/blanc, drops, parasites, etc..

    • Lôzane bouge - Police de Lausanne – 1980 :
    • Lôzane bouge - Police de Lausanne – 1981 :
    • Vidéos de surveillance des manifestations de Lôzane bouge entre le 4 octobre 1980 et le 23 octobre 1980. Montage avec voix off réalisé avec les images des caméras de surveillance de la circulation. Images noir/blanc très dégradées, drop et parasites.

    • Les printemps de notre vie - Francis Reusser– 2003 :
    • Un film de Francis Reusser.

      Née pendant la guerre ou juste après, toute une génération helvétique s'est engouffrée, avec passion, dans les années d'agitation politique, culturelle, intellectuelle qui ont secoué les années soixante, participant à l'invention de valeurs nouvelles et se jetant dans la libération des esprits et des corps.

      Francis Reusser, 60 ans, évoque fougueusement cette période de sa jeunesse où tout semblait possible et interroge amicalement les combattants rescapés de ces mémorables batailles.

    • Jean-Daniel Cruchaud - Pierre Jeanneret – 2015 :
    • Entretien avec Jean-Daniel Cruchaud, membre du Parti socialiste, ancien Municipal lausannois, directeur de Police en 1980, puis de Sécurité sociale en 1986. L'intérêt de cette archives dans le cadre de ce projet tient au fait que Jean-Daniel Cruchaud fut directeur de Police en 1980, durant la première période du mouvement Lôzane Bouge. A partir de 1h28s sur cette époque. Les cassettes originales au format mini-dv ont été rétrocédées à Pierre Jeanneret selon sa demande.

    Sujets de revendication présents dans notre corpus et dates des manifestations

      Revendication des jeunes : culture et lieu autonome

      Les premières manifestations qui tiennent sur la durée et donc nous avons quelques traces audiovisuelles sont liées aux revendications des jeunes lausannois. Il s'agit donc des mouvements du Comité Action Cinéma (CAC) et de Lôzane Bouge dix ans plus tard.

      Le mouvement du Comité Action Cinéma émerge au début des années 1970 suite à une brusque augmentation du prix du cinéma de 1.- CHF, passant de 7.- CHF à 8.- CHF. Le mouvement s'insurge contre le prix de la culture et contre le fait que cette culture est l'apanage de la société bougeoise. Les jeunes de se retrouvent pas dans la culture qui leur est proposé. En résulteront des manifestations dans l'espace public pour faire valoir leur idées ainsi que des films militants. Il n'y a plus trace du mouvement après 1971, mais – selon Michel Etter – les anciens membres se glissent dans les mouvements qui suivent celui-ci, prêtant matériel et savoir-faire aux jeunes manifestants.

      Lôzane Bouge est un mouvment de la jeunesse dirigé vers l'objectif d'obtenir un centre autonome pour que les jeunes puissent exprimer et consommer leur culture. Un plus long descriptif du mouvement se trouve plus bas, raconté par un ancien membre du mouvment : Michel Etter.

      Revendications sociales : droit des travailleurs, des fonctionnaires et des étrangers, droit au logement

      Le thème prépondérant présent dans notre corpus. Les sujets sont multiples, mais ce qu'il est intéressant à souligner est le fait que les manifestations en Suisse sont un moyen d'exprimer un malaise social afin de changer un état de fait. Dans ce genre de mouvments sociaux, la manifestation telle que définie plus haut prend tout son sens.

      Problématiques internationales
      Mort de Martin Luther King

      L'archive la plus ancienne de notre corpus concerne une marche dans l'espace public lausannois pour commémorer la mort du Dr Martin Luther King. Le pasteur afro-américain – figure du mouvement non-violent aux Etats-Unis, fervent défenseur des droits civiques et militant de la paix – est assassiné le 4 avril 1968 à Memphis. La marche à Lausanne a lieu de 16 avril 1968, soit 12 jours après l'annonce de sa mort. Les manifestants soutienne les motivations non-violentes de la vide du Dr King.

      Solidarité estudiantine

      La seconde archive la plus ancienne nous vient également de 1968, mais 1968 pour être tout-à-fait précis. « Mai 68 » est devenue un formulation emblématique lorsqu'il est question de revendication. C'est en effet un période durant laquelle se déroule – d'abord en France puis ailleurs en Europe et notamment en Suisse comme le montre notre archive – les étudiants universitaires entament des grèves générales et des manifestations. Ces événements apparaissent a posteriori comme une période de rupture dans l'histoire de la société française, une remise en cause des institutions traditionnelles. La France travers une décennie de grande prospérité, qui ne touche qu'une partie de la population ; les plus pauvres sont exclus de cette période d'enrichissement. Il est a noté que la société française est en mutation rapide : exode rural, augmentation du niveau de vie, massification de l'éducation national et de l'université, avènement de la culture des loisirs, du spectacle et des médias de masse ; tout cela en moins d'une génération. Mais les événements de Mai 68 sont fondamentalement liée à la jeunesse et aux étudiants. C'est eux qui mettent en branle une société qu'ils considèrent comme vetuste et prenne la rue pour réclamer un changement.

      Pour ce qui est du cas de la Suisse, la manifestation de soutient aux étudiants français a lieu le 17 mai 1968. Un dossier complet d'archives et d'entretiens complet est disponible sur le site de la RTS.

      Contre la guerre en Irak

      Parmi les archives audiovisuelles qui sont ressorties de notre recherche sur les archives audiovisuelles lausannoise, l'une d'entre concerne une manifestation contre la guerre en Irak menée par les Etats-Unis au début de l'année 2003. Cette guerre est considérée et défendue par le gouvernement américain comme une guerre préventive, pour parer à la menace d'utilisation d'armes nucléaires. L'administration Bush affirme à tort avoir des preuves de cet état de fait, ce qui justifie leur intervention. Il est intéressant de remarquer la prépondérance de la population jeune lors de cette manifestation à Lausanne.

      Vision globale des thèmes présents dans notre corpus
    Entretien avec Michel Etter, ancien membre de Lôzane Bouge

    Cet entretien s'est déroulé dans le jardin de Michel Etter au n°14 du chemin de Boston, le 16 mai 2022.

    Michel Etter est né en 1959 à Lausanne. Il pratique le cinéma et la vidéo depuis 1982 et a été un membre actif de Lôzane Bouge depuis les commencements du mouvement.

    Nous rencontrons Michel Etter dans un cadre informel, à travers une connaissance commune. Lors de l'entretien nous avons abordé les questions en lien avec l'origine de mouvement Lôzane Bouge et les revendication de celui-ci, la situation culturelle et sociale des jeunes lausannois au début des années 1980 et regardé ensemble deux vidéos d'archives disposibles dans les archives contextuelles de ce site. Le cadre informel et le fait que Michel Etter est a considérer comme une source orale nous oblige à être conscients du fait ses souvenirs ne peuvent être pris comme sources de réalités historiques. Nous accédons en effet à des événements historiques par le biais de la mémoire d'un individu : sa mémoire peut être défaillante, il peut déformer la réalité, la romancer, etc. Il faut donc croiser ses dires avec d'autres sources pour pouvoir en tirer des réalités historiques.

      Michel Etter témoin de Lôzane Bouge

      L'histoire du mouvement Lôzane bouge prend racine, selon Michel Etter, dans les mouvements qui l'ont précédés ainsi que dans un événement particulier lié au mouvement de théâtre américain Living Theatre.

      Dans les mouvements qui précèdent Lôzane Bouge et qui lui sont proches géographiquement, on compte celui du Comité Action Cinéma (CAC) qui est actif entre 1970 et 1971 à Lausanne. Selon Michel Etter, ce ne sont pas tant les idées du mouvement qui ont eu une influence sur Lôzane Bouge, mais les individus ayant participés aux manifestations du début des années 1970 qui ont pu exercer une influence sur les jeunes des manifestations de 1980 et 1981. L'autre mouvement se situe à Zürich au début des années 1980, lorsque de jeunes zürichois se réunissent dans une communauté d'intêret en revendicant la transformation de la Rote Fabrik en centre autonome de loisir et de culture pour le jeunes. Ce mouvement est désigné a posteriori comme les Emeutes de l'opéra, Opernhauskrawalle en Allemand. Certains lausannois, dont fait partie Michel Etter, se rendent quelques fois à ces manifestations. Ils en rapportent la revendication d'obtenir un centre autonome de loisir et de culture à Lausanne.

      Pour ce qui est de l'événement lié au Living Theatre, Michel nous raconte l'anecdote suivante. Au début des années 1980 (il ne se souvient plus précisement de la date), des comédiens du mouvement sont invités à faire une de leur performance dans la rue. Le jour avant la dite performance, la municipalité interdit la performance à cause – selon Michel Etter – de la violence qu'elle contient. Il s'agit en effet de performances représentant des scène de torture pour dénoncer les tortures américaines durant la guerre que les Etats-Unis mènent à en Iran et en Irak. La population de jeunes lausannois décide alors d'occuper le bâtiment du casino de Monbenon, abandonné à l'époque, afin que les comédiens puissent donner lieu à leurs performances. L'entreprise est un succès, les performances ont lieu. En revanche, l'occupation prend fin le lendemain. Selon Michel Etter, cette première action donne la motivation nécessaire aux jeunes pour lancer un réel mouvement contestataire dont les premières manifestations ont lieu quelques semaines après ce premier incident.

      Suite à cette première occupation, émergent quelques manifestations sous la bannière La culture au soleil qui se transforme rapidemment en Lôzane Bouge. Michel Etter se souvient être à la Place de la Palud en septembre 1980, récoltant les avis des uns et des autres pour pouvoir formuler des revendications claires. C'est revendications sont au nombre de 7 (on peut les trouver à la page 3 de « Secousse Sismique Lôsane Bouge ») :

      • Levée des inculpations
      • Centre autonome
      • Liberté de manifester et de distribuer des tracts
      • Décriminalisation et culture libre du cannabis
      • Liberté d'affichage
      • Destruction du fichier homosexuel
      • Abolition des patentes pour les musiciens de rue

      On peut clairement identifier les revendications du mouvement. Mais ce que l'on comprend de la conversation avec Michel Etter est le fait que les jeunes lausannois du début des années 1980 s'ennuient et n'ont aucun espace ou lieu dans lequel il pourrait faire vivre leur culture. Ils se font jeter des cafés à cause de leur cheveux longs et trouvent alors refuge dans la rue. Ces réunions, qui s'apparentent à des discussions dans l'espace public, finissent par se transformer en manifestations. La revendication d'un centre autonome semble ainsi évidente et leur sera d'ailleurs accordé deux années plus tard, ce qui – en partie – mettre fin aux manifestations.

      Enregistrement de Michel Etter réagissant à la vidéo « Lôzane Bouge - Film militant - 1981 », puis à « Jean-Daniel Cruchaud - Pierre Jeanneret - 2015 » dès 45m30s.
      « Secousse Sismique – Lôsane Bouge »: Tracts de Lôzane bouge d’octobre 1980 disponibles à la Bibliothèque Cantonale et Universitaire - Lausanne :